14/01/2007Journal de Monsieur Rien - 2Samedi 25 novembre 2006, 1h17.
Bonsoir cher journal.
Journal, tu parles...! J'ai jamais tenu un journal dans ma vie. J'ai jamais rien tenu d'ailleurs... Enfin... Dans la main oui quand même mais... bon! Très drôle... passons. Private joke...
A nouveau ce soir ce sentiment de vide qu'il faut remplir à tout prix. Mais pas par le rézo. Dernière facture de téléphone trop lourde. Prélèvement impayé. Frais sur le rejet. La galère quoi!
Je me suis souvenu que j'avais commencé à écrire. Ah oui, tiens... Pourquoi ne pas continuer, comme ça pour rien, peut-être pour voir ce qui peut sortir de moi, sans jugement, sans auto censure (en apparence en tout cas...).
Je viens de rencontrer quelqu'un. Attention : petit quart d'heure romantico-fleur bleue...
Une voix sur le rezo, échange de téléphone, et quelques textos plus tard, La rencontre. Juste avant, le trac. Comme si la vie pouvait basculer là, d'un coup. En même temps ne pas arréter de se dire que ça n'est pas si important que ça, que peut-être on ne se plaira pas, que c'est le jeu, qu'il y en aura d'autres... Mais quand même le trac. Et si c'est moi qui ne lui plait pas. Et si c'est lui qui ne me plait pas. Ce serait quoi le plus dur? Et si ça n'était pas un jeu? Et si... STOP.
J'arrive en retard au rendez-vous. Forcément. Je voulais arriver en avance pour le voir arriver et me préparer, mais j'arrive en retard. Lui aussi. Finalement on arrive ensemble face à face. Et là je sais. je sens que l'étincelle n'a pas eu lieu. Il n'y a pas eu friction. Pourtant il a l'air très doux, charmant, gentil, sensible, intelligent... Enfin, j'ai pas vu ça tout de suite, mais presque... Et pourtant mon coeur calme sa cadence, déjà fatigué et triste de cette nouvelle désillusion. Pourquoi l'espoir me fait monter à chaque fois si haut? Est-ce que le secret d'une vie calme et équilibrée serait de ne plus rien espérer? Est-ce que la sagesse serait dans l'abandon de tout? Je souris en pensant à un ami proche qui me dit souvent qu'effectivement, la sagesse est dans la perte des illlusions... Mais qu'est-ce qui sépare une illusion d'une croyance vraie, légitime? A quoi s'accrocher vraiment pour avancer?... Toutes ces questions, quelles fatigues... Et puis au niveau du style, bonjour la légèreté...
Bon. Première rencontre. Il est en effet (voir plus haut...!) Mais toujours pas d'étincelle. On se revoit. Deux fois. Lui de plus en plus (voir plus haut...!) et moi toujours rien. A part que je pense à ce «lui» nouveau dans ma vie. Une nouvelle personne à qui penser, que je ne connaissais pas quelques jours plus tôt. C'est déjà ça... Mais toujours pas la moindre étincelle. Par contre des questions. Je sens à ces messages qu'il ya comme un déséquilibre, une «non-réciprocité»... Alors que faire?
Lui dire :
«bon! Ecoute! Tu as l'air d'être quelqu'un de très bien, bla bla bla, mais ça va pas le faire»
ou
«Bon! Ecoute! Il me faut du temps, je sors d'une histoire compliquée, bla bla la»
ou
Me forcer. Me contenter. Me satisfaire. Me taire. M'oublier. Accepter, accepter, accepter...Perdre mes illusion, devenir sage, me rendre à l'évidence : je n'attirerais jamais ceux qui me plaisent vraiment, à mon âge, c'est déjà bien de trouver quelqu'un qui s'intéresse à moi, avec le temps, etc etc... gna gna gna, gna gna gna...
Je me fatigue. Et je me fais sourire aussi...
Pourquoi Blanche-Neige a trouvé son Prince Charmant et Cendrillon chaussure à son pied? Elle est ou ma marraine la Fée qui va transformer la voiture que je n'ai pas en carosse? (j'aurais vraiment l'air nul avec mon carrosse en pleine circulation...) Comment font les gens? Est-ce qu'ils trouvent tous leur Prince ou Princesse charmant ou bien apprennent-ils, eux aussi à se contenter? A accepter?
Pourquoi on nous apprend à réver?
J'ai l'impression d'être Carrie Bradshow dans «Sex and the city» le talent et le sex appeal en moins...
Bon! Je crois que je vais arrêter là ce soir. Journal de Monsieur Rien - 11.Vendredi 28 octobre 2006, 0h40.
Au lit. Numéro du rézo. Je fais le sous-marin. Juste un tour de piste pour entendre défiler les pseudos. Certains me sont familiers maintenant. Ce soir je n'ai envie de rien. Ni de participer, ni même d'écouter. J'aimerais leur dire ma tristesse du soir, mon besoin de consolation, j'aimerais leur dire le rien, le vide, l'absence de goût qui s'installe, mais ici ça n'est pas possible. Tu joues le jeu ou tu te casses. Pas de compromis possible. Lucidité interdite. On tolère les mythos, on fait avec, puisqu'ils font quand même rêver, mais les soi disant lucides on n'en veut pas. Pas ici.
Alors je raccroche. Cette nuit je ne la passerais pas au milieu de toutes ces voix qui cherchent toutes la même chose malgré la diversité des demandes. Tous cherchent à pénétrer ou être pénétrés par quelqu'un. Tous cherchent à être pénétrer ou à pénétrer chez quelqu'un. Pénétrer. Rentrer dans ou chez ou avec. Envahir, remplir l'espace accordé. Tout mais pas seul. Tous cherchent et tous font semblant de se courir derrière, de se refuser. Tous jouent au jeu cruel de la séduction alors que tous n'en sont plus là. Même là on continue de jouer comme si on avait toutes les cartes en mains. Comme si le désir n'était pas prêt à hurler dans la gorge... Bon. Peut-être j'en fais trop là...
En tout cas ce soir je n'arrive pas à jouer le jeu... Ca fera des économies de téléphone. C'est déjà ça...
Ma vie ne me convient pas. Plus. Je sais c'est banal. Presque indécent. Mais je me fous de tout ça, du contexte, de savoir qu'il y a plus pauvre et malheureux que moi... Le malheur des autres n'a jamais été un trampoline à mon bonheur. Ce soir je suis triste et malheureux. Et tant pis si ça fait midinette de dire ça. Surtout à 40 ans. Je me fous de tout ça. Ma vie ne me convient plus. Pourtant je l'ai un peu choisie cette vie. Mais j'ai trop joué à la cigale et pas assez à la fourmi. Et là, les réserves sont vides. Elles n'ont jamais été vraiment pleines d'ailleurs. Si ce n'est dans ma tête. Les illusions, ça oui, je les ai engrangées. Mais je me suis toujours dit qu'il fallait garder la petite flamme allumée, garder l'espoir coûte que coûte, ... enfin ce genre de conneries quoi! Sauf que maintenant, la petite flamme allumée, c'est juste devenu un vieux poster roulé dans un fond de tiroir. L'espoir ne sert à rien quand on est seul à y croire. Voilà. Comment font tous ces gens que je croise dans la rue, dans les magasins, dans les bureaux, partout? Comment font-ils pour s'arranger avec eux-même, avec leur vie, avec la vie, avec les espoirs, les désespoirs, les illusions, les désillusions, avec le temps qui reste, toujours trop court, avec les erreurs, les fausses routes, les regrets... Comment font les gens avec les regrets? Pour s'en débarrasser, s'en accommoder, les oublier? Est-ce possible d'oublier?
Est-ce possible d'oublier? D'oublier qu'on a raté? Raté quelque chose, quelqu'un? Est-ce possible d'oublier de rêver?
1h13 j'ai envie de refaire le rézo. Juste pour voir qui est là. En ligne ou sur la conférence. La conférence! Drôle de terme pour désigner un espace vide ou les voix atterrissent et parlent ensemble. Délirent ensemble. Un monde en soi. Avec ses figures de la nuit : Daisy, Anne-Catherine, Maud, ... que des hommes qui s'inventent un personnage uniquement destiné et dédié à ces nuits passées sur la conférence. La conférence et ses rêgles, sa cruauté ou son indulgence avec les petits nouveaux. Avec ses sous-marins, ceux qui sont là juste pour écouter, des nuits entières..
Je le fais. Sur haut parleur pendant que je tape.
«Tape 1 pour aller sur le rézo. Enregistre ton pseudo. Attention tu as 10 secondes. C'est a toi. BIP» Je m'enregistre en train de taper sur le clavier. Pas ma voix. C'est nul, mais ça changera. C'est pas avec ça que je risque d'avoir des contacts...
«Tape 1 pour aller sur les dialogues en directs». Voilà. Les pseudos défilent. Les même que tout à l'heure. Rien. Rien. Et pourtant j'y retourne. Une sorte de drogue douce. Tout ça n'a aucun intérêt. Ca que je raconte là. Mais ça n'a pas à l'être. Juste me faire faire autre chose que d'attendre quelque chose qui n'arrive pas.
«Tape zéro pour l'aide».
C'est ça qui manque dans la vraie vie : la touche zéro pour demander de l'aide. Ou elle est cette touche dans la vraie vie? Qui peut servir de touche zéro? On appuie et on a la solution, le bon passage, la bonne formule. La remise à zéro. Repartir, recommencer. Recommencer mais autrement.
Je devrais écrire à Cyrulnik. Je l'ai eu en cours quand j'étais en formation pour devenir Psychomotricien. Déjà beaucoup de charisme à l'époque. Depuis qu'il écrit sur la résilience, je lui en veux. Comment vit-on quand on n'a pas eu de traumatisme dans sa petite enfance? Sur quoi rebondir quand son enfance a été douce et rassurante et aimante et consolante? Est- ce que je dois être puni de n'avoir rien subi? Est-ce que je suis condamné à une vie médiocre alors que je rêvais d'être Marylin Monroe, Romy Schneider ou Dalida? Ou Marlon Brando? (je me suis dit qu'il fallait quand même un homme dans la liste...) Parfois j'ai l'impression que les quotas s'appliquent à l'échelle d'une vie. Moi j'ai eu ma dose de bonheur dans mon enfance. J'ai tout épuisé. Maintenant il me reste, pas le malheur, non, mais le rien. Juste continuer à vivre en attendant que ça se déroule. L'impression d'être un «vivant-mort», en recul sur tout, hors cadre.
Je passe sur la conférence. C'est chaud. Un mec insulte tout le monde; Anne Catherine s'échauffe. Quelqu'un met de la musique pour faire fuir les intrus. On entend plus rien. Pathétique. Ca dure toute la nuit. Je ne suis pas seul. Ca ma fait sourire. C'est déjà ça, c'est mieux que rien, c'est très bien comme ça, et surtout n'hésitez pas... (petit clin d'oeil à un ami...)
Demain, visite à l'hôpital, comme tous les jours, récupérer mes nouvelles baskets achetées à la Redoute (juste pour pouvoir les payer à crédit...), peut être aller à la plage, continuer d'apprendre un texte... Je n'ai goût à rien. J'ai arrêter le téléphone. Ca suffit pour ce soir.  |
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